J’aborde souvent dans mes cours la question de l’Ethique en demandant aux étudiants ce qu’elle représente à leurs yeux et si eux-mêmes se considèrent Ethiques. Il est toujours intéressant de constater à quel point l’ordre dans lequel ces deux questions sont posées influence les réponses. Si la question « Etes-vous éthiques » est posée la première, la réponse sera « oui, bien sûr » à plus de 80%. Si elle vient après la définition de l’Ethique, il n’en reste guère pour se penser éthiques.

La question du développement pose la question sous-jacente de l’exploitation des ressources. Le concept de développement durable a, depuis longtemps, posé le cadre d’interprétation de ce qui est soutenable ou pas. Chose curieuse d’ailleurs qu’il ait fallu attendre 1992 et les accords de Rio pour toucher du doigt les limites d’acceptation de notre environnement ( notre planète) tant en ce qui concerne les ressources utilisables que, à l’autre bout de la chaîne, les déchets et pollutions.

Que les choses soient claires: je n’ai nullement l’intention de nier en bloc les bienfaits du développement. Il s’agit d’arrêter de rêver que la croissance à deux chiffres sera la solution à tous nos problèmes ou que le progrès technologique et l’innovation apporteront des solutions magiques lorsque l’urgence se présentera. Il n’existera jamais de développement soutenable sans remise en question du rôle de l’économie et de l’abandon pur et simple des valeurs et des rêves à son bénéfice. Seuls quelques économistes « hors sol » osent encore proposer des modèles de croissance sans limites s’appuyant sur une consommation toujours plus importante de ressources…en quantité limitée par essence. D’autres pensées émergent depuis une trentaine d’années démontrant que le simple fait de resituer l’homme au coeur du développement, c’est à dire de considérer le développement économique comme un moyen et non une fin, permet d’enclencher un mouvement de rééquilibrage (certes lent et d’une ampleur très relative mais réel) des sphères économique, sociale et environnementale… Reste la question de l’Ethique.

Pour chacun de nous, cela suppose de répondre à la question du rôle de l’argent. Tout comme dans l’approche macro économique du développement, quelle est la fonction que nous lui attribuons: est-ce un moyen ou une fin ?

Dans les entreprises aussi, parler de valeurs et d’Ethique exige d’évoquer l’argent et la nature du développement. Afficher ses valeurs est une bonne chose, mais exposer avec clarté le dilemme entre ses valeurs et son intérêt: voilà le véritable enjeu. Le retour de la confiance de la société envers l’entreprise est à ce prix. L’articulation entre Ethique et développement, nous oblige à nous pencher sur cette « quadrature du cercle » et à rechercher une issue de manière plus ou moins empirique. Nous sommes en perpétuelle recherche d’un équilibre permettant de nous accepter tel que nous sommes en nous affirmant tel que nous nous rêvons… Dans le cadre de nos programmes pour dirigeants, nous leur proposons de partir de leurs rêves pour tracer une ligne vers leurs objectifs. Partir de leurs rêves leur permet souvent de revoir les priorités quotidiennes, de retravailler la hiérarchie des actions à mener: dévoués au développement de leur entreprise, ils délaissent ce qui a réellement de la valeur pour eux-mêmes – amis, famille, loisirs,etc… Au sein même des entreprises, ils en viennent naturellement à reconsidérer le cadre organisationnel, à remettre au premier plan leurs propres valeurs personnelles aux côtés des valeurs professionnelles… et à associer leurs équipes à cette nouvelle vision.

Alors n’abandonnez pas vos rêves et travaillez à leur donner vie!

Faites nous part de vos réactions, laissez un commentaire…